À première vue, la médiation et la pleine conscience ont peu de choses en commun.

La médiation s’intéresse au conflit et au dialogue entre des personnes. La pleine conscience nous invite plutôt à porter notre attention sur ce qui se passe ici et maintenant.

Pourtant, lorsqu’on s’intéresse à la posture plutôt qu’aux techniques, les similitudes sont nombreuses.

La pleine conscience repose notamment sur neuf attitudes : l’esprit du débutant, le non-jugement, l’acceptation, le lâcher-prise, la patience, la confiance, le non-effort, la générosité et la gratitude.

En les parcourant, je me suis rendu compte qu’elles trouvent presque toutes un équivalent dans la posture du médiateur.

1. L’esprit du débutant : rester curieux

L’esprit du débutant consiste à regarder une situation avec un regard neuf, sans penser trop vite que l’on sait déjà.

En médiation, je rapprocherais cette attitude de la curiosité.

Lorsqu’une personne raconte son conflit, le médiateur peut avoir l’impression de comprendre assez rapidement ce qui se passe. Les faits paraissent clairs et les positions de chacun aussi.

Mais derrière une position, il y a souvent autre chose à découvrir. Pourquoi ce point est-il si important ? Qu’est-ce qui n’a pas encore été dit ? Quels besoins ou quelles craintes se cachent derrière une position qui semble inflexible ?

La curiosité permet au médiateur d’aller plus loin, sans enfermer trop rapidement les personnes dans sa propre lecture du conflit.

2. Le non-jugement : prendre conscience de ses propres jugements

Le non-jugement est sans doute le lien le plus évident avec la médiation.

Nous jugeons tous ce que nous entendons. C’est humain.

Une personne parle et une pensée peut apparaître : elle exagère, il aurait pu agir autrement, cette demande n’est pas très raisonnable…

Le médiateur n’échappe pas à ce mécanisme.

Sa posture ne consiste donc probablement pas à ne jamais avoir de jugement. Elle consiste plutôt à prendre conscience de ce jugement et à éviter qu’il influence sa manière de mener la médiation.

Cette nuance est importante. Dès que le médiateur pense savoir qui a raison ou tort, il risque, même inconsciemment, d’orienter les échanges.

3. L’acceptation : accueillir les faits sans conseiller

Accepter ne veut pas dire approuver.

Cela signifie d’abord reconnaître ce qui est là.

Il y a un conflit. Il y a parfois de la colère, de la déception ou un sentiment d’injustice. Les personnes peuvent aussi avoir des perceptions très différentes d’une même situation.

Le médiateur doit pouvoir accueillir ces éléments sans chercher immédiatement à les corriger.

Son rôle n’est pas non plus de dire aux personnes ce qu’elles devraient faire. Ce point est particulièrement important pour ceux qui, dans leur activité professionnelle, ont l’habitude d’analyser un problème et de donner des conseils.

En médiation, il faut parfois mettre ce réflexe de côté.

Avant de chercher comment avancer, il faut comprendre où chacun se trouve.

4. Le lâcher-prise : rester ouvert

Le médiateur peut lui aussi se faire une idée du conflit ou imaginer assez rapidement une solution qui lui paraît raisonnable.

Le lâcher-prise consiste notamment à ne pas s’accrocher à cette première lecture.

Une médiation peut prendre une direction inattendue. Une question peut faire apparaître une préoccupation dont personne n’avait encore parlé. Une émotion peut modifier la compréhension de la situation.

Le médiateur doit donc rester ouvert et accepter de ne pas tout maîtriser.

Cela ne signifie pas laisser les échanges partir dans tous les sens. Il reste garant du cadre et du processus. Mais il n’a pas à décider à l’avance où ce processus doit conduire.

5. La patience : savoir prendre le temps

La patience est fondamentale en médiation.

Un silence peut paraître long. Une personne peut avoir besoin de temps pour répondre. Une discussion peut donner l’impression de ne pas avancer.

Le réflexe peut alors être d’intervenir, de poser une nouvelle question ou d’essayer d’accélérer les choses.

Mais le silence a parfois son utilité. Une personne réfléchit, une émotion retombe ou une idée fait progressivement son chemin.

Savoir écouter, c’est aussi accepter ces moments et ne pas chercher à remplir immédiatement chaque silence.

6. La confiance : faire confiance au processus

On parle beaucoup de la confiance que les parties doivent pouvoir avoir envers le médiateur.

C’est évidemment essentiel.

Mais la confiance concerne aussi le médiateur lui-même. Il doit faire confiance au processus et, dans une certaine mesure, aux capacités des personnes présentes à trouver leur propre chemin.

Cela demande parfois de résister à l’envie d’intervenir davantage lorsque la discussion devient difficile.

Si le médiateur veut tout contrôler, il risque de ne plus laisser suffisamment de place aux personnes qui sont pourtant les premières concernées.

7. Le non-effort : ne pas chercher la solution à la place des autres

C’est peut-être le principe qui me paraît le plus intéressant lorsqu’on le rapproche de la médiation.

Le non-effort ne signifie pas que le médiateur reste passif. Il questionne, reformule, recadre lorsque cela est nécessaire et aide les personnes à mieux comprendre ce qui se joue.

Mais il n’a pas à trouver la solution.

C’est une vraie différence avec le conseil.

Lorsqu’on conseille, on analyse généralement une situation pour proposer une réponse. En médiation, le médiateur cherche plutôt à créer les conditions qui permettront aux personnes de faire leur propre chemin.

Sa compétence ne se mesure donc pas à la qualité de la solution qu’il aurait imaginée lui-même, mais à sa capacité à accompagner les parties dans la recherche de la leur.

8. La générosité : donner de son attention

La générosité peut sembler plus éloignée de la médiation. Pourtant, elle peut se manifester d’une manière très simple : donner réellement son attention.

Écouter une personne jusqu’au bout, lui laisser le temps d’expliquer ce qui est important pour elle ou accepter qu’elle répète quelque chose parce qu’elle ne se sent peut-être pas encore entendue.

Cette générosité doit évidemment être offerte à chacun.

C’est parfois facile avec une personne dont on comprend bien le point de vue. Cela peut être plus difficile lorsque ses propos nous dérangent ou que son comportement nous agace.

C’est précisément là que la posture du médiateur prend tout son sens.

9. La gratitude : reconnaître ce qui a déjà été accompli

La gratitude est peut-être le principe le moins évident à transposer à la médiation.

Je la vois surtout comme la capacité à reconnaître ce que les personnes apportent au processus.

Participer à une médiation n’est pas toujours facile. Il faut parfois parler de sujets douloureux, écouter une version des faits que l’on ne partage pas ou entendre ce que l’autre nous reproche.

Le simple fait d’accepter cette discussion peut déjà représenter un pas.

Il n’est donc pas nécessaire d’attendre un accord final pour reconnaître ce qui s’est passé pendant la médiation. Une parole qui a enfin pu être dite, un besoin mieux compris ou un changement, même modeste, dans la manière de regarder l’autre peuvent déjà avoir de la valeur.

Deux pratiques différentes, mais une posture étonnamment proche

La médiation et la pleine conscience restent bien sûr deux pratiques différentes.

La pleine conscience n’est pas une méthode de médiation et pratiquer la méditation ne fait pas automatiquement de quelqu’un un bon médiateur.

Mais la proximité entre leurs principes est intéressante.

Rester curieux. Suspendre son jugement. Accepter ce qui est là. Lâcher prise sur ses propres idées. Prendre le temps. Faire confiance au processus. Ne pas chercher la solution à la place des autres. Donner pleinement son attention et reconnaître ce qui se passe.

Tous ces principes nous ramènent finalement à une même idée : la qualité de présence.

Face à un problème, notre réflexe est souvent de chercher rapidement une solution. C’est particulièrement vrai dans les métiers où l’on est habitué à analyser, conseiller et décider.

La médiation demande une autre posture.

Il faut parfois accepter de ne pas savoir, d’écouter encore un peu, de poser une question supplémentaire et de laisser aux personnes l’espace nécessaire pour avancer elles-mêmes.

C’est peut-être finalement ce que la médiation partage de plus profond avec la pleine conscience : être pleinement présent à ce qui est, avant de vouloir le changer.